Loups Rouges

Tome 1 : L'éveil de l'Alpha

Précision utilise à la compréhension : les vautours sont des sabres courbes, à la lame repliable.

 

[...]

Lucky chuchote :
— Erika, tu crois qu'il y en a d'autres ?
— Aucune i…
Pendant une fraction de seconde, une espèce de sixième sens, ou bien simplement une intuition, m'empêche de finir ma phrase. Je lâche un vautour, attrape Lucky par le col et le balance par-dessus ma hanche pour le faire atterrir derrière moi, sur la large branche. Un loup immense se réceptionne en catastrophe là où se tenait Lucky une demi-seconde plus tôt : il manque de tomber mais ses griffes démesurées se plantent dans l'écorce. Sans lui laisser le temps de se rétablir, je plante ma lame dans son dos, entre les deux omoplates. J'entends Lucky crier. D'un coup sec, j'arrache le vautour des chairs du loup. Il lâche un hurlement qui me glace le sang dans les veines : cette voix n'a rien d'animal… on dirait celle d'une adolescente. Je regarde le corps du loup choir dans le vide, pris de spasmes, tandis que le cri résonne dans ma tête comme celui d'un fantôme.
— Erika !
Je bats des paupières, chassant cette impression désagréable, et me retourne : mon filleul a disparu.
— Lucky ?
Sa voix retentit de nouveau, à plusieurs mètres sous mes pieds :
— Je suis coincé !
La panique fait graviter sa voix autour de fréquences particulièrement aigües. Je lui crie de rester tranquille, malgré un souvenir angoissant : celui de l'Élite à l'infirmerie, insistant sur le fait que les loups étaient venus avec un effectif égal à celui de leurs proies. Si sa théorie est juste, tout un bataillon de ces abominations ne devrait pas tarder à nous tomber sur le poil. Je tranche d'un coup sec une paire de lianes qui pendait à hauteur d'yeux et les noue autour de la plus basse branche du grand acajou. Je me laisse filer jusqu'à terre et saute sur le sol, m'enfonçant jusqu'aux chevilles dans une fange tiède et malodorante. Le feuillage des plantes couvre-sol monte jusqu'à mes genoux et j'essaye de ne pas imaginer le nombre de bestioles venimeuses qui courent entre mes pieds. En quelques pas, je rejoins Lucky : il s'est enfoncé dans un enchevêtrement de branchages morts recouverts de plantes grimpantes, la tête en bas et seulement un pied dépassant de ce joyeux fouillis. Je taille à coups de vautours une ouverture et dégage le garçon. La première chose qu'il me demande une fois sur pied est :
— Le loup rouge ?
Je désigne le cadavre, à quelques mètres de nous.
— Tu crois que ça se mange ? demande Lucky avec des yeux affamés.
— On s'en occupera une fois qu'on aura informé les autres : ils doivent savoir que les frondaisons ne sont plus sûres.
Un masque de terreur s'imprime sur son visage émacié. Je le prends par l'épaule et le guide jusqu'à la liane.
— Grimpe et va prévenir les autres, je vais essayer de retrouver mon vautour et je te rejoins.
— On ne doit… doit pas se séparer, bredouille-t-il.
— Je n'en n'ai pas pour longtemps et les tuteurs doivent être avertis le plus tôt possible. Tu ne crains rien, puisque ton chasseur est hors d'état de nuire, par contre eux sont en danger. Allez, file !
Il s'exécute sans demander son reste. Dès qu'il parvient à la branche maîtresse, je fauche de mon vautour les feuilles qui masquent le sol. Des nuées d'insectes tourbillonnent autour de moi, furibonds. L'un d'entre eux s'insinue dans la jambe de mon pantalon et me mord derrière le mollet, m'arrachant un cri de surprise. Je claque d'un coup sonore le malotru et maudis sa mère pondeuse du plus profond de mon être. Je poursuis ma fouille, priant pour mettre la main sur mon arme neuve avant que mon loup rouge attitré ne mette la griffe sur moi.
À cet instant, comme si une entité supérieure et mesquine avait entendu mes pensées, un coup violent entre les omoplates me propulse en avant et m'envoie manger l'humus et les scolopendres. Je me relève d'un coup de reins ; aucun espoir de trouver mon vautour perdu, et l'autre m'a glissé des mains.
Devant moi, comme dans un cauchemar, se dresse le [deuxième] loup rouge. Je croise son regard brun tandis que les battements de mon cœur accélèrent frénétiquement. Le monstre descelle ses mâchoires et décolle de la fange, fondant sur moi. Je prends mes jambes à mon cou. Mes chaussures s'enfoncent dans le sol, glissent sur des troncs morts, buttent contre des pierres masquées, mais je détale avec toute l'énergie que mon corps sous-nourri détient encore. L'image du loup reste gravée sur mes rétines, comme le spectre d'un démon. C'est la mort sauvage qui galope derrière moi, qui fait trembler le sol, qui me tord le ventre de terreur. Jamais je n'ai couru aussi vite…
C'est alors que le loup ralentit, sa course se fait saccadée, il tousse et râle comme si une douleur interne le terrassait. Je reprends alors mes esprits, ouvre mon canif et me retourne en poussant un cri de guerre, décidée à vendre chèrement ma peau.
J'ai juste le temps de voir un visage humain me foncer dessus à la vitesse d'un boulet de canon…

[...]

 

 

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