Loups Rouges

Tome 1 : L'éveil de l'Alpha

[...]

 

— Erika, Combat Mixte, et Steeve Bras-Python, Puissance, allez bientôt vous affronter en duel. Rappel des règles : pas de coup mortel. [...] Si le combat dégénère, je me verrai dans l'obligation de l'interrompre. Si une règle est enfreinte, vous connaissez la punition.

Steeve et moi nous regardons dans le blanc des yeux. Le châtiment se résume aux corvées, au fouet et au cachot. Pour avoir expérimenté quelques variantes des trois options, nous savons tous deux qu'il ne vaut mieux pas faire d'entorse au règlement.

Le maître reprend, de sa voix sifflante et désagréable :

— La salle est celle de Combat Acrobatique, choisie par Erika, et le type de combat est celui à Mains Nues, choisi par Steeve. Éloignez-vous de trois pas chacun.

Nous reculons sans nous quitter des yeux. Les battements de mon cœur s'accélèrent ; je me force à expirer profondément pour éliminer le dioxyde de carbone de mes poumons et gagner quelques secondes de souffle.

Le maître entame le décompte :

— Cinq…

Steeve fléchit les genoux.

— Quatre…

Ce n'est pas pour rien que j'ai choisi la salle de Combat Acrobatique. J'ai beau en détester le professeur, cela n'en reste pas moins un terrain regorgeant d'occasions.

— Trois…

Je me force à ne pas regarder le plafond. Je le connais presque par cœur ; un dédale de perches, tunnels et cages de verre fumé. Très ludique pour les jeunes élèves, mais infaillible pour un combattant aguerri.

— Deux…

Bras-Python ouvre ses mains colossales. Si je me rate, le combat se finira par ma tête broyée dans son étreinte en une seconde.

— Un…

Je me ramasse sur moi-même, arrachant une mimique suspicieuse à mon adversaire.

— Zéro !

Nous bondissons en même temps : lui vers moi, et moi vers le dédale qui nous surplombe. J'empoigne la perche horizontale et reçois Steeve, mes pieds joints dans son visage. Le choc fait craquer ma colonne vertébrale, mais son nez n'est pas en reste. Je prends appui sur sa tête et, tirant fort sur mes bras, me propulse dans un tunnel. Je l'entends hurler de colère et cracher des injures à mon égard. Je m'échappe du tunnel, grimpe dessus et, par quelques sauts agiles, vais me placer à quatre mètres au-dessus de mon adversaire. Il lève la tête vers moi. Un filet de sang s'échappe de sa narine droite, ce qui a l'air de l'avoir particulièrement contrarié. Je lui réponds par un sourire moqueur et cela suffit à lui faire perdre son sang-froid. Il grimpe à ma suite.

La première partie de mon plan s'est effectuée à merveille : son corps lourd et sa mauvaise humeur le rendent particulièrement bruyant, ce qui dans un labyrinthe en trois dimensions est l'élément de base pour se faire repérer. Quant à moi, ma petite taille et mon faible poids me rendent indétectable. Pour parfaire mon invisibilité, je me suis habillée d'un ensemble gris, me fondant ainsi dans le décor. Je ramène la capuche sur ma tignasse rousse, me faufile dans un autre tunnel, me cache derrière une cage teintée et grimpe par-dessus un faux plafond.

Je retiens ma respiration. Ainsi coincée à six mètres du sol, je suis très vulnérable. Mon seul atout réside dans les défauts de mon adversaire : s'il m'a vue, je suis finie. Sinon, j'ai une chance. Un bruit de choc résonne, suivi d'un juron. Steeve émerge d'un tunnel en se massant le crâne.

— Erika ! hurle-t-il. Arrête de te cacher et viens te battre !

Il enchaîne sur un laïus concernant ma condition de fille faible et peureuse, mais je n'y prête qu'une attention distraite. J'attends patiemment qu'il passe sous mon faux plafond pour lui tomber dessus. Si Steeve avait eu un soupçon de cervelle, il se serait caché lui aussi et aurait attendu que je craque, car tout le monde sait que je suis nerveuse comme pas deux. Apparemment, pas lui. Il monte sur le tunnel, déambule entre les perches et peu à peu vient à moi. Tout se déroule comme prévu, c'en est presque déconcertant. Je me croirais à la chasse au buffle, traquant un individu sourd, aveugle et bouché. L'espace d'un instant, je me demande si ce n'est pas une ruse ; mais un coup d'œil à son visage rouge de colère me rassure. J'ai affaire à Steeve, c'est une notion assez explicite.

Il passe sous ma cachette en continuant de ruminer. Avec une délicatesse infinie, je me retourne et saute dans le vide, agrippant le bord du faux plafond. Grâce à l'élan, je lui décoche un coup de pied derrière la nuque qui aurait envoyé dans le coma tout individu normalement constitué. Steeve tombe en avant, se rattrape tant bien que mal à une série de perches parallèles les unes aux autres. Je me réceptionne sur une cage, à quelques mètres de lui, légèrement en hauteur.

Une barre horizontale nous sépare, comme une délimitation qui appelle à être franchie. Je baisse les yeux sur Steeve : un pied sur chaque perche, les jambes ouvertes en une invitation irrésistible. Je n'attends pas une seconde : je bondis, bras tendus en avant vers la barre horizontale, l'empoigne, décris un arc de cercle à une vitesse vertigineuse et enfonce mon talon dans l'entrejambe de Bras-Python.

 

[...]

 

 

Lire les autres extraits :

extrait chapitre 3 - le loup rouge

extrait chapitre 7 - La rencontre avec l'ennemi

 

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